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Trompe-l’oeil

Le numéro 24 de Pénombre contient en page 14 un court texte de René Padieu (Entre ombre et lumière) qui a un double intérêt.

Il pointe l’importance de fournir des résultats avec une estimation de leur précision.

Il montre que la qualité de cette estimation peut être fournie graphiquement.

Dans le même sens, la réflexion de Pénombre sur la qualité des informations traitées, qui nécessite l’analyse des conditions de leur production, devrait, la plupart du temps, se doubler d’une réflexion critique sur leur présentation. Titres, cartes et graphiques sont alors dans le collimateur.

 

Illustration via un commentaire d’un article du Monde du 20 Janvier.

Le graphique du Monde (ci-après) met en évidence les variations des diverses catégories de dépenses, mais occulte l’importance relative de ces dépenses.

La représentation correcte figure dans le graphique suivant. Pourquoi correcte ? parce qu’elle respecte une des lois de base de la représentation graphique : l’œil est sensible aux surfaces, les surfaces doivent être proportionnelles aux quantités que l’on veut représenter. Les deux graphiques s’appuient sur la même information, mais le second contient une quantité d’information supérieure : il utilise la totalité des chiffres du tableau alors que le premier n’en utilise qu’une partie.

Ce type de graphique était plus fréquent avant la bureautique ; ils ont disparu en particulier parce qu’ils ne peuvent être préparés avec les logiciels standard du type Microsoft… mais aussi parce que la question de la représentation n’est pas une question sensible pour les journalistes.

Le titre initial " les dépenses d’assurance maladie on augmenté deux fois plus vite que prévu en 200 " est largement fondé sur le graphique insuffisant : bien sûr le dépassement apparaît dans le graphique initial, et ceci pour toutes les catégories de dépenses, mais exclusivement sous l’angle du taux de variation (qu’il soit le taux prévu ou le taux réel). Mais le dépassement en masse n’apparaît pas ; a contrario, dans le graphique correct, la masse de dépassement apparaît pour chaque catégorie de dépense ; le dépassement massif concerne les soins de ville et la masse de dépassement des dépenses des établissements publics apparaît très faible. Si on calcule ces deux masses de dépassement la première est de 17,7 milliards et la seconde de 0,6 milliard, dans le rapport des surfaces de dépassement. Il est clair que cette différence est suffisamment massive pour qu’il en soit fait largement état.

Dès lors le titre mériterait d’être changé ; ce pourrait être selon l’humeur du journaliste : " Les dépenses de ville explosent " ou " les établissement publics parviennent presque à contenir leur dépenses " ou encore " Les dépenses ont augmenté de 3,6 milliards de plus qu’il n’était prévu ". De plus le titre actuel fondé sur le graphique insuffisant, insiste sur la notion de vitesse en disant " deux fois plus vite " et pas " deux fois plus ". Est-ce vraiment ce qui est essentiel ?

 
Jacques Magaud

 
Pénombre, Octobre 2001