--

Vote triangulaire

À l’élection présidentielle, si un candidat obtient 50% au premier tour, il est élu. Ce n’est jamais arrivé. Sinon, on procède à un deuxième tour, entre les deux premiers. Il serait logique, si ces deux premiers ne cumulent pas 50% des voix, ce qui devient habituel, de procéder à un deuxième tour avec les trois premiers. Dans le cas présent, cela aurait sauvé Lionel Jospin.

Contrairement à ce qu’on croit, une élection triangulaire peut dégager un élu parfaitement légitime. Il faut pour cela procéder au « scrutin d’assentiment », recommandé par Condorcet, qui consiste à classer les trois candidats. Les électeurs auraient eu à choisir, le 5 mai, entre six bulletins :

1. Chirac, sinon Le Pen.
2. Le Pen, sinon Chirac.
3. Jospin, sinon Chirac.
4. Chirac, sinon Jospin.
5. Jospin, sinon Le Pen
6. Le Pen, sinon Jospin

Si aucun des trois candidats n’obtient la majorité absolue des premières places, est élu celui qui a le plus de citations en premier ou second.

Une bonne façon de populariser ce type de vote avant la présidentielle de 2007 serait de l’appliquer à toutes les « triangulaires » des prochaines législatives. Faute d’Assemblée en session, il est trop tard pour l’instituer, mais rien n’empêche les maires dans la commune desquelles se dérouleront de telles triangulaires de l’instituer à titre expérimental et de confronter le résultat selon la méthode classique avec celui obtenu par la méthode Condorcet.

Cela contribuerait à sortir enfin la France de la bipolarisation, donc de l’alternative « pouvoir personnel/cohabitation , qui conduit le pays des Lumières à faire des bêtises.

Michel Louis Lévy

 
Pénombre, Octobre 2002